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Détournement de fonds de patrouilles : Des officiers sabotent les efforts du gouvernement

Plusieurs chefs d’unités de la Police et de la Gendarmerie nationales sont tombés sous le coup de la loi pour mauvaise gestion des ressources additionnelles et annuelles de renforcement des capacités opérationnelles et d’intervention des unités de sécurité. Invité sur Canal3 lundi 4 décembre 2017, le chargé de mission à la sécurité intérieure du Chef de l’Etat Nazaire Hounnonkpè explique les griefs et appelle les officiers à plus de responsabilité.

Ça fait tiquer lorsqu’on apprend que des officiers de police et de gendarmerie sont impliqués dans des malversations. Que reprochez-vous concrètement aux chefs d’unités ?

Gal Hounnonkpè : Dès que le Président de la République s’est installé, des mesures correctives liées au diagnostic fait dans le secteur de la sécurité ont été mises en œuvre. C’est pourquoi, vous allez constater que aussitôt, les véhicules et les motocyclettes acquis, il a dit ‘’comment les unités vont fonctionner s’il n’y a pas suffisamment de ressources. En dehors des ressources budgétaires dédiées à la policeet à la gendarmerie, le Président de la République a dit qu’il faut mettre en place des ressources complémentaires appelées « ressources additionnelles ». C’était en décembre 2016. 4 milliards de Fcfa ont donc été mis à leur disposition. Mais le Chef de l’Etat a dit qu’on ne peut pas permettre un usage hasardeux et fantaisiste de ces ressources.Dans un premier temps, il a donné des instructions pour que les ressources affectées à chaque unité soient affichées pour que tout le personnel sache combien est revenu à l’unité et qu’il soit étroitement associé à la gestion. Après un contrôle, on a constaté que dans certaines unités, l’affichage n’a pas été effectué. Le personnel n’est pas associé à la gestion.

Tout le monde était-il informé de l’affichage des ressources dans les unités ?

Il a été suffisamment dit que nous voulons une gestion participative. Puisque cette première méthode de contrôle a échoué, le Président de la République a demandé qu’on mette en place des registres d’évaluation de la consommation de carburant dans les unités et que les kilométrages soient relevés, au départ comme à l’arrivée, avec mention de la quantité de carburant consommée par jour. Le remplissage de ce registre dans les unités a été bâclé. Certains chefs d’unités l’ont rempli correctement. Mais la majorité ne l’a pas fait. Certains ont même dit que les compteurs de leurs véhicules ne marchentpas.En août, le Chef de l’Etat a pris la décision en Conseil des ministres de nommer des gens qui vont faire partie d’un comité de contrôle. Le gouvernement a donc fait appel à des Béninois pour l’aider à contrôler les ressources additionnelles.

Comment la mission a-t-elle été conduite ?

Le décret a fixé clairement les attributions. On dit de contrôler l’exécution des missions de sécurité et la gestion des ressources additionnelles. La note de service qui a accompagné la mise en place des ressources a précisé comment utiliser le carburant. Le carburant ne peut pas être utilisé à des fins personnelles. Il doit être utilisé prioritairement pour des missions de sécurité publique, c’est-à-dire, les missions de patrouilles sur les corridors, les axes routiers, les patrouilles dans les quartiers. Il y a une deuxième rubrique qui est l’appui au fonctionnement. On leur accorde un appui, indépendamment de ce qu’ils doivent recevoir de leur hiérarchie pour accompagner les mini-dépenses de fonctionnement. La troisième rubrique, c’est les fonds d’opération. Il est bien dit que ces fonds doivent être utilisés pour entretenir les informateurs, pour organiser des séances d’éducation-sensibilisation. N’oubliez pas que nous sommes dans une approche de co-production de la sécurité. Donc, tous les citoyens devraient être associés à la production de la sécurité. Il faut alors les sensibiliser. Mais à des endroits donnés, cela n’a pas été fait.Les gens ont confondu les fonds d’opération aux fonds de renseignement. Il convient de rappeler que, étant en uniforme, nous sommes un peu comme un modèle pour la société. Puisque nous sommes appelés à réprimer et à accompagner le pouvoir judiciaire dans la répression des différentes contraventions. Mais si nous sommes entachés, quelle confiance inspirons-nous ?

Certains assimilent cela à la réticence autour de la réforme de la création de la police républicaine ?

La réforme qui suit son cours à l’Assemblée nationale peut être votée ou non. La Constitution, dans son article 35, impose à tout citoyen investi d’une fonction politique ou publique, de l’accomplir avec conscience, compétence, probité, loyauté, dans le respect du bien public. Les collègues doivent savoir que nous avons choisi un métier difficile. Et si nous gérons mal les ressources, nous ne donnons aucun exemple à notre communauté. Normalement, ils doivent même se sentir très heureux que le Gouvernement ait pris très tôt ces décisions. Parce que les crimes économiques sont imprescriptibles et la sanction des délits économiques est de 20 ans de prison. Ce qui veut dire que, après ce gouvernement, si un autre prend le pouvoir et ne partage pas les mêmes points de vue que celui actuel, il peut demander un audit. Certains seraient peut-être à la retraite et on leur fera appel pour venir se justifier. Donc tôt ou tard, cela va les rattraper.Depuis l’installation du gouvernement, il y a une réforme fondamentale dans la gestion de la sécurité du pays. Tous les axes routiers sont segmentés. Et chacun est responsable d’une portion de segment de corridor à sécuriser. Il vous donne les moyens. Lorsqu’il y a un problème, on vous demande de justifier. Quand on apprécie les arguments, on peut vous réhabiliter. Pour le Chef de l’Etat, c’est la tolérance zéro. Si on vous nomme à un poste et vous estimez que vous n’avez pas les aptitudes nécessaires ou la capacité de travailler sous pression, vous refusez.

Propos recueillis par A.T

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