Les sages de la Cour constitutionnelle ont besoin de beaucoup de temps de réflexion et surtout, ils ont tout intérêt à ne pas négliger la profondeur de la crise politique avant de donner une suite à un éventuel recours contre l’abrogation de la Lepi obtenue par l’opposition le jeudi dernier au parlement. Parce que une décision dans la situation actuelle qui néglige tout ce qui a prévalu jusque-là en rajoutera simplement à la crise. Déjà, la Cour est taxée d’être à la solde du pouvoir Yayi Boni et au sein de l’Alliance ‘’Union fait la nation’’ on devine déjà le verdict. S’il arrivait que la décision rendue annule l’abrogation, la Cour tombe du coup dans le piège de l’opposition plus que jamais organisée, disposant de plusieurs cordes à son arc. Dans ce cas de figure on présage d’une situation de blocage du pays. Déjà, 14 ministères fonctionnent au ralenti et les autres seraient sur le point de leur emboîter les pas. Mieux, dans les centres universitaires, les activités académiques ne sont pas à l’abri d’une perturbation. Les étudiants de la faculté de droit qui constituent la plus grande masse de la communauté universitaire réclament un amphithéâtre plus vaste. Tous ces problèmes semblent avoir des dessous politiques. Car, toutes les fois, on se réfère aux salaires des hommes politiques et les dépenses de prestige du premier magistrat pour justifier le bien-fondé de ces mouvements de grève. Dans sa déclaration solennelle le jeudi passé à la suite de l’abrogation de la Lepi, le député Augustin Ahouanvoébla a fait un clin d’œil aux enseignants du Front d’action des trois ordres de l’enseignement qui sont prêts à tout même s’il faut conduire le pays à une autre année scolaire blanche. Le député du Prd n’a pas prêché dans le désert. A sa suite, le deuxième questeur de l’Assemblée nationale Sacca Fikara n’a pas caché de montrer la légitimité des revendications lors de son intervention sur une chaîne de télévision ce dimanche Déjà on les accusait d’être derrière ces mouvements qui ne finissent pas malgré les acquis jamais connus jusque-là. Entre temps, Me Joseph Djogbénou a, au cours d’une émission télévisée grand public, attiré l’attention de l’opinion nationale et internationale sur l’ampleur de la crise actuelle. Alors, les sages auront mieux à faire en s’inspirant de toutes ces situations avant de trancher.
Mais déjà une jurisprudence en la matière
C’est parce que l’opposition veut une Lepi consensuelle qu’elle ne se retrouve pas dans la loi No 2009-10 jugée à tort ou à raison d’être la seule chose du président Yayi Boni et de ses alliés. Or, c’est le terme ‘’Consensuel’’ demeurant toujours une notion à valeur constitutionnelle qui a été appliquée comme tel aux députés de la quatrième législature au moment où ceux-ci tenaient à se tailler une loi en retouchant la loi pour se donner un mandat de cinq avec effet rétroactif. Pour les débouter, la Cour constitutionnelle s’est référée aux résultats de la Conférence nationale et la constitution adoptée de manière consensuelle. Mieux, lors de son récent discours à la nation, le président Yayi Boni veut aussi d’une Lepi consensuelle autour de laquelle toutes les parties vont se mettre d’accord. Ainsi, on dirait qu’il a apporté de l’eau au moulin de ses adversaires au cas où la Cour venait à casser l’abrogation de la Lepi. Sur un autre plan, on dira que la majorité qui a changé de camp au parlement constitue un problème pour la Cour. Car, dans les mêmes conditions, les députés avaient passé outre les recommandations de la haute juridiction qui tentait de leur imposer une règle particulière pour les élections. A défaut de trouver un terrain d’entente, c’est au dossier qui a servi à gérer une élection précédente que le pays a recouru. Et il faut aussi craindre le blocage au Parlement de tous les dossiers du gouvernement jusqu-à nouvel ordre. Comme dans un passé récent où le président de l’Assemblée nationale gelait la programmation des questions orales d’actualité au gouvernement.
Jean-Christophe Houngbo
(Br. Ouémé/Plateau)