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Le Colonel Pascal Tawès à propos de l’affaire Dangou : « Le Brigadier assassiné mérite une promotion à titre posthume »

L’affaire Dangou, du nom de cet ancien soldat tué au Camp Guézo, doit pouvoir être définitivement réglée selon le Colonel à la retraite Pascal Tawès. A l’entendre, l’Etat doit réparer une injustice en accordant entre autres une assistance aux parents de la victime. Lire l’interview exclusive accordée à Matin Libre.

Matin Libre : Bonjour mon Colonel. Vous vivez aux USA depuis quelques années. Vous profitez de votre retraite. Mais vous suivez de près les changements intervenus dans votre pays d’origine. Alors, Colonel Tawès, commençons d’abord par un évènement dramatique qui a marqué le Bénin vers la fin du deuxième mandat du Président Yayi Boni. En janvier 2016, le Brigadier Dangou a été tué au camp Guézo à Cotonou. Cet ancien soldat qui était en mission sur un théâtre d’opération à l’étranger réclamait ses primes. Comment avez-vous vécu cet évènement ?

Colonel Tawes : Nous sommes toujours dans la consternation du fait que le Brigadier Dangou Mohamed, tué en janvier 2016 ne soit pas encore enterré jusqu’à présent. La veuve et les orphelins de cet ancien soldat de la paix sont dans la désolation et les tortures morales. Ses frères d’armes qui avaient fui les lieux du crime pour éviter d’être aussi tués comme lui sont toujours dans de sérieuses difficultés d’ordre matériel et financier. Toutes les démarches administratives entreprises par les intéressés en direction des autorités politiques actuelles pour reprendre leur service sont restées infructueuses jusqu’à présent.

Contre toute attente, certains complices de l’assassinat du Brigadier Dangou ont déjà été récompensés par le régime du Président Patrice Talon. Il faut préciser que le Commandant du contingent de feu Dangou Mohamed en Côte d’Ivoire était un officier déjà à la retraite à la recherche du gain facile. Il n’avait aucune ascendance sur la troupe.

Après investiture du Président Talon, on a noté pendant plusieurs semaines, une insécurité notoire dans les grandes villes du Bénin. Comment peut-on analyser ce phénomène ?

Des crimes crapuleux sont impunis. Un laisser-aller s’installe et nos Forces de défense et de sécurité nationales sont souvent abattues. Des montages politiques mensongers pourraient être à l’origine de l’insécurité dans certaines villes du Bénin.

Nous pouvons rappeler entre autres, cette affaire de coup d’Etat du 1er aout 1991 qui n’était qu’une manipulation des rumeurs farfelues et sans fondement. Des militaires de tous grades et un inspecteur de police furent raflés et jetés par dizaines dans les prisons civiles de Cotonou, Ouidah, et Porto-Novo. Il y a aussi l’affaire du Sous-Préfet Hessou Pamphile de Boukombé en septembre 1992. Il avait tué un soldat dans une embuscade au cours de sa mission à Boukombé. Par ailleurs, Catherine Puzey, une américaine volontaire du Corps de Paix avait été assassinée par les clochards en mars 2009 à Ouaké par la complaisance des autorités locales. Le Bénin devient progressivement une terre de grande criminalité. La fréquence des braquages et les actes de grande criminalité en donnent le ton. La police qui devrait s’occuper de la sécurité des Béninois et de leurs biens semble être dépassée par les évènements. En effet, l’assassinat à Cotonou le lundi 12 mai 2014 du Gardien de Paix de deuxième Classe Sergio Dènon avait surpris plus d’un. De plus, le samedi 08 juin 2013, les Officiers Supérieurs Béninois avaient été victimes d’un braquage sanglant dans la commune de Zagnanado et le Lieutenant-Colonel Isidore Hounsou avait été tué. Le 17 aout 2010, Mr. Urbain Pierre Dangnivo, cadre supérieur en fonction au Ministère de l’Economie et des Finances a été porté disparu. Selon les témoins, il était au volant de sa voiture au moment de son kidnapping. Le 20 octobre 2012, nous avons connu cette affaire de tentative d’empoisonnement du Chef de l’Etat béninois par le moyen des produits pharmaceutiques qui avait fait des victimes innocents dans les Forces Armées Béninoises. Le 10 décembre 2013, tentative d’assassinat de Mr. Martin Assogba, Président de l’ONG ALCRER à Ouèdo, Commune d’Abomey-Calavi. A la lumière de tout ce qui précède et après l’investiture du Président Patrice Talon, les machinations politiques relatives aux affaires de drogues et les menaces terroristes contre les libertés fondamentales et les droits de l’homme constituent un indice évident de recul de la démocratie dans notre pays.

Et si Patrice Talon doit réussir son mandat, quels conseils jugez-vous utiles à lui prodiguer ?

Certains responsables de nos institutions pourraient répondre à cette pertinente question. Cependant, il est souhaitable que le Brigadier Dangou Mohamed soit considéré comme un héros national mort au cours d’une mission officielle commandée par l’Etat béninois. Il mérite donc une promotion exceptionnelle à titre posthume compte tenu de sa bonne manière habituelle de servir. Ses parents et amis attendent l’assistance humanitaire que l’Etat béninois accordera en procédure d’urgence à ses orphelins dans leur malheureuse situation actuelle. Il est également suggestif d’apprécier l’opportunité de faire réintégrer dans les Forces Armées Béninoises, tous les militaires victimes d’injustices liées à l’assassinat du Brigadier Dangou Mohamed et de les rétablir dans leurs grades.

Propos recueillis par Mike MAHOUNA

jeudi, 17 août 2017

https://matinlibre.com/index.php/societe/item/12348-le-colonel-pascal-tawes-a-propos-de-laffaire-dangou

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