La présidente de la commission des Lois, de l’administration et des droits de l’homme Mme Hélène Aholou Kèkè était sur une corde raide hier au Palais des Gouverneurs à Porto-Novo lors des travaux sur le dossier Lepi. Ses collègues très remontés contre elle pour avoir réussi à retirer le rapport de sa commission sur le rejet de la loi abrogatoire de la loi No 2009-10 portant Recensement électoral national approfondi (Rena) et la Liste électoral permanente informatisée (Lepi) à l’ouverture de la plénière du vendredi dernier, ont provoqué une atmosphère très tendue. C’est déjà à la présentation du seul point de l’ordre du jour de la séance que la tension a monté d’un cran. Le député Janvier Yahouédéou aura été le premier à demander des explications à la présidente Hélène Aholou Kèkè sur les raisons pour lesquelles elle a mis tout le monde devant le fait accompli. Les préoccupations de Yahouédéou ont été reprises en cœur par les autres. En réponse, Mme Hélène Aholou Kèkè a montré que c’est parce qu’elle a constaté que certains propos tenus en plénière par quelques députés ne figurent pas dans le rapport général qu’elle a dû s’organiser de cette façon. Et contrairement à ce qu’on aurait pensé, c’est cette réponse qui a alourdi l’atmosphère et cristallisé les positions .
L’honorable Janvier revient à la charge et dénonce le fait qu’aucun de ses collègues restés jusque tard dans la nuit du vendredi à samedi dernier ne soit saisi de cette situation et c’est seulement dans l’hémicycle qu’ils ont constaté les dégâts. Il déplore cette façon dont leur présidente et le premier rapporteur Thomas Ahinnou les ont traité et attire l’attention ses autres collègues sur les conséquences de cette situation jamais connue jusque-là au Palais des Gouverneurs à Porto-Novo. Comme Janvier Yahouédéou, les députés Jude Lodjou, Ismaël Tidjani Serpos et mêmes certains élus des Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) ne pardonnent pas à Mme Hélène Aholou Kèkè sa manière de les emballer et les avoir mis devant le fait accompli.
Pendant plus d’une heure, chacun est allé de ses arguments pour justifier sa position face à la question. Et certains parlementaires de l’Alliance ‘’Union fait la nation qui ne parviennent pas à pardonner, profitent de l’occasion pour faire remarquer à Mme Hélène Aholou Kèkè le danger qui la guette désormais. ‘’C’est par une majorité que vous avez été portée à la tête de notre commission. De la même manière, vous pourrez être destituée’’ a déclaré un membre de l’Union. ‘’ Et ce sera également le cas de toutes les personnalités qui tenteront de passer outre les recommandations de notre commission si le comportement tend à ternir l’image de marque de notre institution’’, avertit un autre. Ces deux députés fortement applaudis par les autres, toutes tendances confondues, fondent leurs préoccupations sur le fait que plusieurs élus Fcbe tendent à rejeter, comme l’Union fait la nation et ses alliés, la façon dont on gère la Lepi. En effet, c’est déjà 48 députés favorables à la cause et Dieu seul sait qu’ils sont un certain nombre d’élus du peuple de la mouvance présidentielle parlementaire dans cette commission des lois, de l’administration et des droits de l’homme qui lorgnent déjà de l’autre côté. C’est d’ailleurs à cause de ceux-là qu’on n’arrive plus à maîtriser que le pouvoir a dû envoyer Mme Hélène Aholou au charbon en lui montrer le chemin, c’est-à-dire de profiter des dispositions de l’article 75 alinéas 1 du Règlement intérieur de l’Assemblée nationale pour retirer le rapport de sa commission des débats. Ainsi, les travaux d’hier en commission auront été entièrement consacrés au procès de la présidente Aholou Kèkè. A la fin de ces moments de chaudes empoignades, la séance a été suspendue. Les parties se sont données rendez-vous pour demain jeudi 18 mars 2010 à 10 heures pour reprendre la rédaction du rapport objet de litige. Ce n’est qu’après cela que la plénière s’ouvrira pour examiner le rapport qui en découlerait.
Jean-Christophe Houngbo
(Br.Ouémé-Plateau)