Le chef de l’Etat se passerait sûrement des dernières remontrances du Fonds monétaire international(Fmi) qui l’oblige à mettre en œuvre des réformes drastiques visant à plafonner, voire réduire les dépenses de l’Etat. Ces injonctions arrivent en effet dans un contexte qui n’est pas favorable du tout au chef de la mouvance présidentielle. Le président de la République a reposé la relance de l’Economie nationale sur l’injection sous la forme d’investissements des dividendes de l’assainissement des Finances publiques. Même si la délégation du Fmi a salué les efforts faits dans ce domaine, il a épinglé les largesses du gouvernement notamment en ce qui concerne les primes et les nombreux avantages accordés aux fonctionnaires. Ce qui réduit désormais du coup la marge de manœuvre d’un président adepte d’actions de propagande. Yayi Boni est désormais contraint de freiner les dépenses incontrôlées du gouvernement. Dépenses dont le but était surtout de parvenir à un bilan éloquent en 2011. Ce rappel à l’ordre du pouvoir en place par l’institution de Bretton Woods est de nature à donner véritablement de l’insomnie aux membres de la mouvance présidentielle et vient confirmer les informations persistantes qui annoncent des lendemains difficiles pour les finances publiques. En effet, plusieurs voix très avisées prédisent une santé financière délicate pour les régies financières de l’Etat, conséquence du ralentissement de la croissance économique dans le monde et de la crise financière internationale. Une perspective qui inquiète une équipe gouvernementale obnubilée par la réélection du chef de l’Etat. Les effets de ces difficultés économiques et financières sont inévitables et le chef de l’Etat est maintenant conscient qu’il ne pourra plus capitaliser là-dessus pour la campagne de sa réélection. Du reste, pour mieux faire accepter les dures conséquences de ces mauvaises performances économiques aux populations, le pouvoir opte pour une offensive communicationnelle afin d’atténuer les chocs éventuels. Lors d’un récent entretien avec la presse, le ministre des Affaires étrangères Jean-Marie Ehouzou, à l’instar de beaucoup de ses collègues dont le ministre du Développement Pascal Koupaki, a reconnu ces difficultés et les contraintes budgétaires qu’elles imposent désormais. « Nous étions très ambitieux. Seulement il y a des situations que nous n’avions pas prévues et nous devons à présent réviser nos plans », avait-t-il concédé. C’est donc désormais quasiment une certitude : ce n’est pas le bilan économique et social qui fera gagner Yayi Boni.
Difficile dialogue avec l’opposition
Les mauvaises performances économiques confinent le gouvernement à une ultime solution : reprendre langue avec les ténors de la classe politique de l’opposition notamment les G et F que le régime du Changement avait pourtant pointés du doigt comme étant des pestiférés dont il fallait se débarrasser à tout prix. C’est ainsi que ces derniers jours, on observe des appels de pied à certaines personnalités de l’opposition pour faire partie de la prochaine équipe gouvernementale. L’échec de cette stratégie explique d’ailleurs la lenteur observée depuis dans la formation de ce gouvernement. Clairement, cette nouvelle stratégie peine à donner les résultats escomptés. Les leaders de la classe politique de l’opposition qui avaient longtemps attendu en vain un geste d’ouverture du gouvernement ont maintenant baissé leur main tendue et entendent profiter de cette vulnérabilité du pouvoir pour lui asséner le coup fatal. Les erreurs politiques et les actes qui sont de nature à entretenir un climat de crise et de tension (la réduction de l’espace politique réservée à l’opposition, l’instabilité qui caractérise les communes aux mains de l’opposition) ont fini par les convaincre que leur salut ne se fera pas avec ce régime. Les deux positions se sont alors radicalisées et on ne voit pas vraiment ce qui pourrait changer la donne avant 2011.
Calixte Adiyéton
Par Le Matinal