Accueil > Politique >

Suite du dossier scandale au Fnm:De graves entorses à l’orthodoxie financière

Ces dernières années, le Fonds national de la microfinance (Fnm) a été confondu à la caverne d’Ali Baba et les 40 voleurs. Les enquêtes menées par le cabinet "Canal audit" révèlent d’énormes pertes pour les ressources de l’Etat. Un résultat qui laisse croire qu’il y a bel et bien eu une mafia qui a distrait les deniers publics au Fnm.

La magouille au Fonds national de la microfinance (Fnm) cache de nombreuses irrégularités. Les ressources de l’Etat ont saigné. Si, par extraordinaire, il arrivait que les nombreux impayés s’amoncellent et accablent les directeurs généraux successifs de ce fonds, c’est qu’ils se permettent le luxe de puiser dans les caisses de l’Etat. Sur la base d’un rectificatif du relevé du Conseil des ministres en date du 07 octobre 2015 reçu par le Fnm le 02 février 2016, une partie des crédits en souffrance au 31 décembre 2013 a fait l’objet d’une compensation avec des ressources publiques mises à la disposition du Fnm à hauteur d’un (1) milliard de Fcfa. Ladite compensation n’a pas été explicitement recommandée par le Conseil des Ministres. Pour l’audit, il s’agit d’un acte anormal de gestion qui doit être invalidé et que des mesures appropriées doivent être initiées en vue du recouvrement des créances concernées. Il a été également découvert de graves irrégularités dans la passation des marchés publics. A ce niveau, les irrégularités s’allongent. Il s’agit entre autres, du défaut de mise en place de façon formelle d’une commission de passation des marchés publics et d’une cellule de contrôle des marchés publics, contrairement aux dispositions du code des marchés publics, la non-validation des plans de passation des marchés publics par les organes compétents avant leur exécution, le manque de transparence dans les procédures de passation des marchés publics qui se manifeste par le défaut de publication des offres et des résultats des évaluations. Le plus grave est le recours systématique et non régulier à la procédure de cotation ou de consultation restreinte pour les marchés de prestations intellectuelles. De façon spécifique, les contrôles ont permis de relever un montant total de 202 millions de Fcfa de marchés passés de gré à gré sans autorisation préalable de la Direction nationale de contrôle des marchés publics ainsi que des pratiques collusoires sur des marchés publics évalués au total à 197 millions de Fcfa. En fait, il a été noté beaucoup de dépenses non justifiées. Celles-ci s’élèvent à 315 millions de Fcfa et concernent des dépenses de propagande et des primes indument payées au personnel du Fonds. La mission d’audit a identifié des dépenses non pertinentes ou non justifiées portant sur un montant total de 315 millions de Fcfa et qui concernent des dépenses de propagande et des primes diverses indûment payées au personnel du Fonds. A ceci s’ajoutent des décaissements d’un montant total de 111 millions de FCFA effectués sans pièces justificatives valables au profit des Sfd et de divers groupes de femmes ou d’hommes pour assurer une forte mobilisation des communautés pendant les tournées ministérielles ou les visites organisées par le Chef de l’Etat en soutien aux activités du FNM. Selon le cabinet d’audit, ces dépenses de propagande constituent des dépenses anormales et doivent être remboursées par les responsables du Fnm qui les ont autorisées. De même, pendant la période sous revue, diverses primes et jetons de présence (à l’occasion des réunions de la Commission nationale de coordination, d’orientation et de suivi) portant sur un montant total de 204 millions de FCFA ont été payés au personnel du Fnm, ceci sans prélèvement des charges fiscales et sociales y afférentes.

Défaillance dans la gestion de la trésorerie

La gestion de la trésorerie du Fnm est enviable à celle d’une épicerie. Les règles minimales de gestion de fonds ont été royalement foulées au pied. Malgré la nomination d’un agent comptable du Trésor auprès du Fnm, la présence d’un Directeur de la comptabilité et d’un auditeur interne, de graves défaillances ont été notées dans le suivi des opérations de trésorerie et se caractérisent notamment par la manipulation d’une pluralité des comptes bancaires (24 comptes au total) qui ne facilite pas un contrôle adéquat des transactions du fait des retards généralement pris dans l’établissement des états de rapprochement bancaire, l’absence de procédures pertinentes de suivi analytique des remboursements effectués par les Sfd sur les comptes bancaires du Fnm, le non-respect des seuils de décaissement par la caisse. La mission d’audit a en particulier relevé que les soldes des comptes bancaires résultant des confirmations des établissements financiers au 30 novembre 2016 sont globalement inférieurs de 4 milliards Fcfa aux soldes qui apparaissent dans la comptabilité du Fnm. Parmi les transactions les plus significatives non encore positionnées sur les relevés bancaires du Fnm, il y a lieu de noter les cas préoccupants. Un montant total de 3,9 milliards de Fcfa de virements ordonnés du compte de Fnm ouvert au Trésor public à l’endroit de comptes bancaires du Fonds ouverts à la Boa, à la Banque Atlantique et à la Bceao. Les responsables du Trésor public ont enregistré les sorties de fonds du compte de Fnm depuis plus d’un an, mais les encaissements sur les comptes indiqués ne sont pas constatés à ce jour. Les chefs des services Epargne et Trésorerie de la Dgtcp n’ont pu justifier les conditions de traitement de ces opérations et permettre au Fnm d’entrer en possession des ressources distraites.

Jean-Claude Kouagou

PLUS D'ARTICLES